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 la philosophie politique contre la modernité.

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max



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Date d'inscription : 14/02/2006

MessageSujet: la philosophie politique contre la modernité.   Mer 15 Fév - 9:08

L’État n’est-il pas autre chose que l’arbitre suprême ? La grande leçon que l’on peut retirer de tous ces débats savants qui opposent fiscalistes et anti-fiscalistes, c’est que l’État a pour vocation, dans la modernité, de gérer, de faire œuvre de comptable.

Mais cette réalité moderne n’est-elle pas autre chose que la conséquence directe de l’avènement de tous les libéralismes : religieux, politiques, humains, juridiques, sexuels, psychologiques et économiques ?

Dans cette optique, la barricade se met en mouvement et bouscule les oppositions contemporaines. On n’a plus les fiscalistes socialo-kantiens contre les anti-fiscalistes socialo-libertaires et libertaro-libéraux. Tous trois se retrouvent regroupés sur un terrain idéologique commun etéminemment moderne : l’état-gère… De l’autre côté de la barricade,sous l’effet du libéralisme philosophique, les rangs se creusent, on ne trouve plus guère que deux types de penseurs, médiatiquement inexistants et philosophiquement désavoués : les théocrates platoniciens, qui voient dans l’État le garant du bien commun, et pas du bien de chacun - et les anarchistes non socialistes, qui voient dans la démocratie l’ennemi de l’État et de la pensée étatique ; dans « l’auto-gestion », l’alternative libertaire.

Il paraît plus que saugrenu de voir de telles affinités problématiques
réunissant des contraires aussi apparents. La question de l’État n’est pas
celle qui oppose les généreux néo-humanistes aux égoïstes libéraux (la fiscalité). Elle oppose la gestion à la politique.

Deux idées de l’État s’affrontent, mais sont-ce deux essences ? La philosophie est depuis toujours l’art de penser les essences. La philosophie politique, celui de penser l’essence politique.
Or précisément, on peut voir dans la réduction de la question du gouvernement à celle de la gestion de la richesse le dévoiement de ce qui fut de tout temps la fin de l’État : le bien commun.
C’est comme si de fait, La politique avait abattu Le politique.

On voit bien que le politique est absolument nécessaire à une époque qui a atteint un tel niveau d’universalisme. On pourra toujours penser que l’Inde ou la Chine nous présentent des alternatives mondialistes, mais en vérité on voit bien que l’on regarde la télévision au milieu du Sahel et qu’on boit du coca au milieu de la forêt amazonienne. Nous sommes en
train de vivre l’avènement de la société de tous les hommes. Le politique

est absolument nécessaire à cette société universelle, car ce n'est plus sort d'une nation quelle prétend gouverner mais celui du monde humain. Au lieu de l’interroger, on se demande s’il n’est pas injuste que mon voisin ait deux parts de gâteau alors que je n’en ai qu’une, ou qu’il fasse son travail en une heure alors que je le fais en une demi-heure. Ce questionnement essentiellement proudhonien a gagné au grand dam du théoricien l’ensemble de la société prolétaro-bourgeoise de la classe moyenne.
Ce qui me semble dramatique, c’est que ceux qui s’engagent le plus dans la vie politique de la modernité ne voient pas, la plupart du temps, qu’ils sont engagés dans un processus qui n’est éminemment pas politique. Et que la vie revendicative qu’offre la société démocratique à son citoyen est la première version a-politique de La politique.
On peut donner mille raison à la désertion des urnes, mais ce fait n’est pas nouveau, toute démocratie qui a existé sur Terre ne fut gouvernée que par un très faible pourcentage de la société. Elle fut toujours tyrannie de la minorité. Ceci vaut pour la démocratie grecque (évidemment) comme pour la démocratie moderne : songez que quand on nous annonce fièrement un taux de participation de 40%, il s’agit de 40% des inscrits, sachant que 10% d’entre eux ont voté blanc ou nul. Les grecs eurent au moins le mérite de la lucidité. On me répondra, la voix tremblante de bonne conscience anti-fasciste, que les grecs justifiaient l’esclavage, mais qu’on se demande ce que fut par le passé le travail à la mine (de mon grand père et) de l’Assommoir.

La modernité, en gravant au fronton de l’époque le slogan droit-de-l’hommiste a renforcé encore l’hypocrisie démocratique. Comme le disait Gaiffelet avec une certaine clairvoyance, l’excellence n’est pas un critère démocratique, c’est même un critère anti-démocratique.
Les hommes naissent libres et égaux en droits - c’est l’expression du nihilisme moderne ; car la démocratie n’a que faire de liberté, elle tente de réaliser l’égalité des hommes et elle a le droit pour elle. La formulation forte et utopique de l’égalité est évidemment de faire accéder les esclaves au rang de maître, mais la démocratie s’est employée à ramener au sein des masses les maîtres de jadis : elle s’est faite médiocratie triomphante.

Les citoyens sont engagés dans le devenir-esclave consumériste : le « jouissons sans entrave » des situationnistes est devenu un impératif catégorique.
L’esclavage moderne s’est aperçu qu’en payant ses travailleurs et en leur donnant un idéal matériel, il devenait plus efficace et leur enlevait toute velléité à la résistance : il les cantonne dans la revendication.

Quand Hadrien citait le texte de Tocqueville sur le despotisme à craindre en démocratie, Gaiffelet répondait par l’ironie démocratique : alors quoi, nous sommes des médiocres ? Eh bien oui, il me semble que nous sommes tous de beaux médiocres, bien nourris, « culturés », mais médiocres tout de même, soumis au conformisme démocratique.

Le seul engagement politique conséquent aujourd’hui est un engagement anti-moderne, anti-démocratique et anti-libéraliste (au sens étendu, pas simplement économique) ; c’est pourquoi il est un engagement a-politique au sens moderne.
Il est un engagement d’excellence, contre la médiocrité ambiante, contre le débat d’idée et la discussion. Un engagement platonicien pour les uns, et nietzschéen pour les autres.

Libéraux et socialistes se réfèrent dans leur raisonnement politique à des hommes abstraits, au même homme abstrait : le sujet des libéralismes. Ils lui imposent toutes les transformations, lui fournissent de nouvelles identités, les mêmes pour tous. Gauche et droite sont les deux faces de la lutte démocratique entre liberté et égalité. Garder la liberté présente mais imparfaite, promettre une liberté plus grande quand l’égalité sera plus parfaite.
Depuis Tocqueville, nous savons que la démocratie repose sur le mensonge de l’égalité comme condition de la liberté, mensonge car déjà lui-même nous disait que l’égalité travaille contre la liberté.

Les hommes naissent libre et égaux en droit. Peut-être. Mais qu’en est-il après leur naissance ? Qu’en est-il du droit ?
Comme la philosophie et la culture, le droit est victime du positivisme démocratique. Il n’est plus l’affaire de spécialistes mais le produit du débat d’idée, de la discussion, du bavardage démocratique. Et quand quelques « intellectuels » énoncent un constat (ce qui n’est même pas une réflexion !) défavorable au démocratisme ambiant, au « politiquement correct », on les met à l’index, on affiche leur tête en première page des journaux et on les taxe de proto-fascisme, on dénonce leur dérive droitière.
Cette seule invocation anti-fasciste du grand fascisme anti-démocratique leur vaut l’exclusion de la sphère médiatique, et plus généralement de la sphère publique.
Si la démocratie est le dernier rempart contre le fascisme, je prétends, moi, que le fascisme a depuis longtemps sauté le mur d’enceinte. Nous vivons le cauchemar de Gilles Deleuze, partout des penseurs d’État, partout des pensées étatiques. Plus besoin d’État, car il a franchi le mur d’enceinte de la singularité.

Dans sa forme externe, il se retrouve limité à une organisation de gestion des revendications. C’est ce bavardage qui justifie les petits fascismes ordinaires : droite/gauche, homo/hétéro, blanc/noir, fiscaliste/anti-fiscaliste. Il monopolise les esprits, détourne les cœurs de la réalité politique.

Face à cette démocratie galopante, trois voies sont envisageables : la nostalgie du théocratique (car lui seul offre une assise à la morale publique), l’optimisme béat du démocrate progressiste (qui croit pouvoir imposer des valeurs morales alors que leur fondement est mort), et le nihilisme assumé des nietzschéens conscients ou pas, qui prennent pour parti d’endosser le nihilisme moderne et de le dénoncer partout ou il œuvre en secret. L’auto-gestion n’est plus ici le remplaçant de l’état-gestionnaire, elle vient comme une éthique singulière, une démarche philosophique qui, je le répète, ne peut être aujourd’hui qu’un engagement infiniment plus politique que toutes les querelles partisanes modernes.
Il ne s’agit pas de post-modernisme mais de contre-modernisme : l’activité philosophique comme engagement politique profond et anti-moderne, voilà la seule démarche qui pourra toujours échapper aux conformismes partisans.

Évidemment, on me répondra que cet engagement n’est pas pratique mais purement idéel. Et j’en fais mon parti à une limitation (d’importance) près. Certes, il n’est pas possible de fonder de législation sur le taux d’imposition des plombiers polonais en se s’engageant dans cette voie, mais on peut par contre trouver les règles de son action singulière, de son « auto-gestion », de son économie pratique personnelle : précisément ce qui fait défaut à tous ceux qui ne la fondent pas sur leur croyance pour agir.

A bon entendeur, salutations respectueuses à la troupe du dogmatique.
Max.


Dernière édition par le Mer 15 Fév - 11:16, édité 1 fois
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Vincent

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MessageSujet: Re: la philosophie politique contre la modernité.   Mer 15 Fév - 9:49

Salut salut maxlet, bienvenu dans notre troupe. J'espère que tu prendras vite goût à ce que j'appelle la philosophie à la crême fraiche, mais méfie toi, car une fois qu'on y a gouté, on en veut encore.

Il y a beaucoup de choses dans ton article, certaines me paraissent justes et d'autres non. Il est très riche, et engage un grand de questions. Comme elles me paraissent toutes intéressantes, je ne peux que t' inviter à les développer afin que nous puissions dégager quelques problématiques qui engageront (je n'ai pas de doute à ce sujet) de vifs débats.

Pour ma part, je suis d'accord avec toi quand tu parles d'une crise des valeurs, aucune n'ayant la possibilité de faire l'unanimité. Cependant, ton triptique de solutions ( ou bien la tyrannie platonicienne, ou bien le consumérisme attentiste et joyeux, ou bien le nihilisme cynique ) à quelque chose de profondemment pessimiste, et de ce fait castrateur. Quelle action et quel débat celui-ci laisse t-il ouvert? Aucun à mon sens. Pourtant, ce constat d'une multiplication des valeurs concurrentes ne mène pas nécessairement à un renoncement au débat public. Effectivement, le muliticulturalisme, l'infinité possible des choix individuels peuvent compliquer la mise en place d'une discussion saine, mais ils sont à mon sens les paramètres d'une démocratie réelle. Construire une société où les valeurs individuelles, les religions et les idéologies pourront coexister pacifiquement dans une même discussion publique, sans sombrer dans le bête rapport de force, voilà un des défis de notre temps. Pas de pessimisme donc. Debout les morts, et comme le répète ma signature...
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Olivier

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MessageSujet: Re: la philosophie politique contre la modernité.   Mer 15 Fév - 9:53

Excellent Max,

Je répondrais volontiers à cette diarrhée verbale, où les mots se bousculent et se téléscopent à défaut d'idée directrice claire, mais:

Citation :
Le seul engagement politique conséquent aujourd’hui est un engagement anti-moderne, anti-démocratique et anti-libéraliste (au sens étendu, pas simplement économique) ; c’est pourquoi il est un engagement a-politique au sens moderne. Il est un engagement d’excellence, contre la médiocrité ambiante, contre le débat d’idée et la discussion.

Alors... N'en discutons pas.
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Vincent

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MessageSujet: Re: la philosophie politique contre la modernité.   Mer 15 Fév - 14:25

Fallait s'y attendre !

Effectivement, elles sont pas évidentes les thèses que tu défends, et faut avouer que tu y vas fort en rejettant dos à dos fiscalistes et anti-fiscalistes, alors qu'Olivier s'acharne à convaincre un mec qui met toute la mauvaise foi du monde pour échapper de justesse à de vrais arguments. Faire la nique au langage sur un forum de discussion, c'est un peu comme vouloir transformer les églises en mosquées sur un site catho... çà se fait mais faut pouvoir en supporter les conséquences, et tenir le débat dans le temps. Si tu y crois vraiment, ne baisse pas les bras, même si pour ma part je pense que c'est une contradiction dans les termes.

T'en fais pas pour autant, ça tape dur mais c'est pas méchant, faut voir ce qu'Archange se prend dans la gueule en permanence. J'attends ta réponse sur le rapport entre multiculturalisme et ton choix triangulaire (platon, nietzsche, bidochon), mais je pense qu'il vaudrait mieux centrer tes propos autour d'une question, quitte à developper des correspondances par la suite. En effet, le problème de ton texte est qu'il dit des choses auxquels correspondent des enjeux considérables, mais qu'il le fait sur le ton enjoué de l'évidence. Prends le temps de choisir un thème, ou de réfléchir à un thème déjà commencé, et tente de soutenir une idée qui te tient à coeur. Le débat coulera de source... Ce que nous essayons de faire depuis quelques temps, c'est vraiment de fonctionner par hypothèses, questions et critiques. Le sujet progresse en même temps que les participants. En faisant de ton texte une totalité close, où se rencontrent à la fois thèses et invectives, blagues et vocabulaire à rallonge, tu tentes quelque chose de risqué : tu es sur un fil. Devant toi l'oeuvre d'art, sous tes pieds l'échec.
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