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 Racisme et intégration

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Olivier

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Nombre de messages : 258
Age : 33
Localisation : FRANCE
Date d'inscription : 28/10/2005

MessageSujet: Racisme et intégration   Dim 21 Mai - 11:47

Racisme et intégration



Lors des émeutes des banlieues, nous avons entendu parler d' « intégration » comme jamais. Qu'est-ce que ce terme peut bien recouvrir ? Le Dogmatique s'est penché sur la question.

D'un côté, le diagnostic est le suivant :
Citation :
je considère que le concept d'intégration est utilisé pudiquement pour désigner un autre problème que l'on n'ose jamais désigner par son nom, à savoir le racisme.

L'idée d'intégration à une collectivité comme La France ne pouvant être claire du fait de la nature composite de cette collectivité, l'idée d'intégration française ne saurait avoir aucun sens. La France ne serait pas une totalité, mais un agrégat de totalités. Le mot "intégration" n'aurait de sens qu'au niveau plus modeste d'un milieu professionnel, scolaire, affinitaire...

Aussi, puisque le Français n'existe pas, ce que nous pourrions entendre par "intégration à la nation française" ne saurait être autre chose qu'une dépossession pour l'immigré de ses caractères propres, qui en font la richesse et singularité. En d'autres termes : du racisme.

Les choses sont-elles aussi simples ? Dans la première position, il y a une double affirmation :

1) de la non-pertinence du concept d'intégration
2) du racisme motivant souvent son usage

Cette double affirmation appelle une double critique, dont l'une intéresse le concept d'intégration, l'autre, celui de racisme.


INTEGRATION : UN CONCEPT A DESINTEGRER ?

L'intégration, tout d'abord. Il est évident que nous ne saurions nous trouver intégrés qu'à une collectivité. Aussi, nier l'existence de la collectivité française implique de nier toute possibilité d'intégration à cette même collectivité française. On ne pourrait néanmoins opter pour une telle option qu'au prix d'une thèse indéfendable : l'absolue communautarisation de la société française actuelle, et son absolu éparpillement en collectivités éparses, sans rapport les unes avec les autres, sans dénominateur commun. Qu'une telle communautarisation absolue puisse être redoutée, c'est l'objet d'un débat. Mais qu'elle soit un fait est manifestement douteux, puisque certains la redoutent. Les Bleus remplissent encore les stades de foot.

L'intégration serait l'accès à ce dénominateur commun. On peut l'énoncer ainsi :
Citation :
apprendre à maîtriser les codes et normes sociales ayant cours dans un espace donné.

Or, on pourrait aisément montrer que de tels codes ont cours dans l'ensemble de l'espace national français : l'école républicaine prétend les enseigner, et en enseigne effectivement certains.

Ensuite, nous ne parlons pas d'intégration qu'en rapport avec les immigrés ou les enfants issus de parents immigrés. Aussi, une disqualification complète du terme "intégration" comme idéologique semble exagérée.


RACISME


En second lieu, il faut préciser ce que nous entendons par "racisme". Là, deux positions s'affrontent :

1) une première position, solidaire du décryptage "racisant" de l'usage que l'on fait du terme "intégration", considère comme raciste toute :
Citation :
valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires,[...] afin de justifier une aggression ou un privilège
c'est la définition qu'en donne le sociologue Albert Memmi. Il y aurait donc du "racisme langagier", par exemple ; ou du racisme "anti-ceux-qui-portent-des-casquettes".

2) la seconde reprend et valide cette définition, mais SI ET SEULEMENT SI les différences dont il s'agit sont rapportées à des déterminants biologiques liés à la race, entendu comme concept biologique.

Or, il est vrai que, depuis une trentaine d'années, le terme de "racisme" ne s'entend plus seulement dans son second sens (le sens restreint) mais aussi et surtout dans le premier, (le sens élargi). La question devient alors : y a-t-il lieu, pour une analyse rigoureuse, de valider ce sens élargi, ou d'y voir de la confusion apportée à un sujet qui n'en a pas besoin ?


QUELLE SOCIOLOGIE DU RACISME ?


Cette question est liée à celle qui consiste à savoir de quelle nature est le racisme, et les discriminations que l'on vise habituellement sous ce mot, lorsqu'elles s'exercent. Là encore, deux positions s'affrontent :

1) la première, dérivée de la sociologie de Bourdieu, prétend que :

Citation :
Le concept de racisme est plutôt utile pour désigner le "poids du social" que portent les agents sociaux (au sens de Bourdieu) , c'est-à-dire ce qu'ils subissent, ce qu'ils ont incorporé : le produit de leur histoire à la fois individuelle et collective.
En effet, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de racistes actifs qui souhaitent le développer, et l'appliquer. Ce comportement s'il existe est le fait d'une minorité.
Je crois plutôt que le racisme relève d'habitus, qui pourraient être comparés à ceux à l'oeuvre dans les mécanisme de domination masculine. C'est-à-dire qu'ils sont au-delà des comportements volontaires, et qu'ils sont partagés à la fois par les dominés et par les dominants.

2) La seconde, dérivée de la sociologie de Raymond Boudon, tente de saisir pourquoi et comment les individus font ce qu'ils font, en tant qu'individus, et non en tant que déterminés par une force qui les dépasserait (le "poids du social") :
Citation :
les hommes sont libres et ils agissent selon des attentes, des conceptions ou des valeurs qui leur sont propres.

Dans la première perspective, s'il y a des individus racistes, c'est que le tout qui les comprend les force à l'être. Aussi, quand bien même ne trouverions-nous pas d'individus racistes au sens étroit, la société pourrait encore l'être tendanciellement à travers eux, les poussant à des actes, des propos, des pensées "racisants". Ces actes, ces propos, ces pensées "racisants" ou racistes au sens élargi, seraient la trace laissée par le racisme stricto sensu dans les représentions collectives en y disparaîssant. Une trace, un résidu, un relent transformé, vaporisé. Un relent plus insaisissable, plus fantômatique, moins déterminé. Du racisme pudique, aux contours délibérément flous, délibérément trompeur, pour assurer sa propre survie.

Ainsi, dans cette première perspective, le sens élargi de "racisme" correspond à du racisme réel : c'en est la forme transformée, et, pour ainsi dire, actualisée.

La seconde perspective ne s'encombre pas de l'idée d'un instinct de survie des opinions portées par les groupes sociaux (non plus que d'un hypothétique instinct de survie des groupes sociaux eux-mêmes). Il n'y a de racisme, pour ceux-là, que pour autant qu'il y a des individus racistes. Peu leur chaut le sens élargi de "racisme" : ils n'enquêtent pas sur d'hypothétiques traces laissées dans les représentations collectives, "dans le dos" des consciences individuelles. Aux autres formes d'injustice, qui n'en portent pas expressément les marques spécifiques, ils n'ont pas la tentation d'appliquer le terme "raciste". Bien plutôt est-elle pour eux un obstacle à la saisie de la spécificité de ces phénomènes, à leur explication patiente, ainsi qu'à leur condamnation spécifique, enfin, et ciblée.

Et c'est bien en tant que le racisme est créé et porté par des consciences individuelles qu'il est possible de lutter contre. Car qui peut sérieusement nourrir l'ambition de combattre "Le Social" ?

Ne dramatisons pas nos vies : combattre le racisme n'est pas la lutte tragique ayant la mort pour enjeu du David-individu contre le Goliath-social-tout-puissant. C'est ne pas laisser passer certains propos, ne pas rire aux blagues sur les noirs et les arabes qui sont faites à répétition, ne pas faire de distinction raciale à l'embauche, ou dès qu'on a un tant soit peu de pouvoir, et dire haut et fort l'égalité des hommes en droit. De tous les hommes.

Il n'est pas besoin, pour mieux nuire aux imbéciles, de se faire de l'Imbecillité un monstre, un dragon, dont nous serions le Saint-George ou le Saint Michel ; et d'autres, les jouets. Ayons la sainteté modeste.
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